Gauche contre entrepreneurs : une passe d’armes qui ne faiblit pas


C’est une controverse qui n’a pas dépéri depuis plusieurs mois et menace d’enfler de nouveau : jugé trop à droite par la gauche de la gauche, trop peu attentif au secteur privé par la droite, le programme économique du Premier ministre Marjan Šarec a suscité la controverse avant même la confirmation de son gouvernement. Une controverse qui dure encore aujourd’hui, à la faveur des divisions internes à la coalition.

*  *  *

En août, la coalition de centre-gauche menée par le centriste Marjan Šarec négocie les derniers détails de son accord de gouvernement – mais à peine publié, le « contrat de coalition », document programmatique couvrant tous les domaines de l’action publique, déclenche une quantité inédite de critiques. Parmi les principales préoccupations : la politique fiscale du nouveau gouvernement.

L’accord prévoit en effet plusieurs nouvelles mesures : « impôt sur l’immobilier et le patrimoine visant davantage les détenteurs de grandes ou de nombreuses propriétés », simplification des procédures fiscales, « pénalités pour toutes les transactions à destination de paradis fiscaux », « inclusion des revenus personnels du capital et des rentes dans l’assiette pour le calcul de l’impôt sur le revenu », et autres abaissements d’impôts pour les entreprises pariant sur les nouvelles technologies. Par ailleurs, le gouvernement envisage d’augmenter les cotisations patronales.

Une dynamique qui n’a pas plu aux entrepreneurs slovènes. Parmi eux, deux dirigeants de fleurons nationaux : Ivo Boscarol, PDG du fabricant d’avion ultralégers Pipistrel, et Igor Akrapovič, fondateur du concepteur de systèmes d’échappement de luxe Akrapovič. Le second a annoncé que la totalité du profit de son entreprise, soit 32 millions d’euros, allait être réinvestie à l’étranger. « Nous allons le placer quelque part où l’environnement des affaires est davantage prévisible. » Le premier s’est quant à lui ouvertement interrogé sur l’opportunité de faire passer son siège de l’autre côté de la frontière, en Italie.

« Levica crée un climat de peur et d’incertitude »

Ces déclarations ont immédiatement déclenché l’indignation au sein du parti Levica (La Gauche), resté hors de la coalition mais disposé à la soutenir. Levica aurait participé à l’élaboration du contrat de coalition en proposant ses propres amendements. Son député Miha Kordiš, fustigeant les « limites des politiques réformistes », a appelé sur Facebook, par esprit de provocation, à nationaliser Pipistrel et Akrapovič.

Pour aussitôt recevoir une volée de bois vert par la Chambre des métiers et de l’artisanat slovène. « Avec ses déclarations, Levica crée un climat de peur et d’incertitude », a-t-elle déclaré dans un communiqué. « Malheureusement, en raison de quelques individus de Levica qui n’ont pas travaillé un seul jour dans l’économie réelle, la situation de tous les citoyens slovènes pourrait se gâter. » Et de noter que si Levica l’avait voulu, elle aurait pu entrer au gouvernement et gérer les affaires courantes. La Chambre de Commerce et d’Industrie s’est émue à son tour et Ivo Boscarol a affirmé qu’il allait délocaliser une partie de sa production hors de Slovénie, sans exclure d’aller plus loin.

C’est un départ difficile, à la fois pour le dialogue entre Šarec et le milieu des affaires et pour les relations entre Šarec et Levica. Des négociations délicates se déroulent actuellement avec les syndicats slovènes. La coalition est elle aussi divisée : au lendemain de la publication du projet de loi instaurant une taxe immobilière, le président du Parti des Retraités (DeSUS) et ministre de la Défense, Karl Erjavec, a indiqué vendredi 9 novembre que le moment n’était pas venu de mettre en place un nouvel impôt.

Pour aller plus loin

– L’accord de coalition datant d’août 2018 (en slovène)

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *