La Nova Ljubljanska Banka, ancien champion bancaire en mal de privatisation


Avec 12 milliards d’euros à son bilan en septembre 2017, la NLB est la plus grande banque de Slovénie. Elle est également connue dans les Balkans, où elle a des filières dans tous les pays de l’ancienne Yougoslavie. Pourtant, les contentieux passés et les séquelles de la crise financière du début de la décennie continuent à grever son développement.

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La crise bancaire de 2012-2014 a révélé que la banque slovène, comme plusieurs autres, était détentrice d’un nombre important d’actifs douteux, voire toxiques. Ces « crédits non performants » auraient représenté, au pic de la crise, près de 6,5 milliards d’euros, ou 18% du PIB du pays.

C’est en réaction que le gouvernement a décidé en 2012-2013 de créer une « mauvaise banque » ou « banque poubelle », destinée à assainir ces créances douteuses en garantissant les dettes de la NLB et de la Nova Kreditna Banka Maribor par des obligations publiques – une mesure qui avait failli faire l’objet d’un référendum en 2012.

Ce qui n’a pas empêché une recapitalisation massive du secteur bancaire : rien qu’en décembre 2013, le gouvernement a accordé 2,32 milliards d’euros à la NLB. Ces aides publiques d’État n’ont cependant été autorisées par la Commission européenne qu’à une condition : vendre 75% du capital de la banque, c’est-à-dire la privatiser, avant fin 2017.

 

Une privatisation commandée par Bruxelles

Mais le processus dure encore aujourd’hui. En juin dernier, le gouvernement avait interrompu la procédure à la surprise générale, au motif que le prix estimé de vente n’était pas suffisamment élevé. Il avait ensuite proposé qu’en lieu et place de la privatisation, la NLB se contente de se séparer de ses filiales balkaniques.

Le Premier Ministre Miro Cerar temporise aujourd’hui et souhaite, après plusieurs tentatives de renégociation, reporter la vente à après les élections législatives de juin 2018.

Bruxelles demeure néanmoins très sceptique face aux propositions de Ljubljana. Pour la Commissaire européenne à la concurrence, a récemment déclaré que « la Slovénie a manqué une date butoir correspondant à ses engagements […] nous doutons aujourd’hui que la nouvelle proposition de la Slovénie soit équivalente à ses promesses initiales, d’où une enquête approfondie. Nous devons nous assurer que la NLB soit viable à long-terme, notamment dans l’intérêt des contribuables slovènes. »

 

Irangate et héritages du passé

L’État slovène détient encore 45% du capital des banques du pays. « La banque fonctionne excellemment bien », déclarait il y a quelques jours le président du conseil d’administration de la NLB, Blaž Brodnjak.

Mais l’accumulation de créances douteuses n’est pas l’unique problème auquel la NLB est confrontée : un litige financier oppose la NLB –successeuse de la Ljubljanska Banka (LB) – à la Croatie, et ce depuis l’indépendance. À l’époque, la LB avait quitté la Croatie en laissant des épargnes en devises étrangères se transformer en dette publique croate. De nombreux tribunaux croates ont d’ores et déjà donné gain de cause à d’anciens épargnants lésés – près d’un demi-million d’euros aurait déjà été versé.

La Slovénie a également connu son propre Irangate : 2009 et 2010 auraient vu près d’un milliard de dollars transiter entre les États-Unis et l’Iran, pourtant sous embargo international, via la NLB. Bulle politique ou affaire d’État, une commission d’enquête parlementaire, dirigée par un député d’opposition, est chargée de trancher.

 

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