La baie de Piran continue à alourdir les relations slovéno-croates


Slovénie, Croatie, La baie de PiranLa Croatie est l’un des principaux partenaires commerciaux de la Slovénie : quatrième à l’export, sixième à l’import. Plus d’un million de Slovènes partent chaque année vers leur voisin méridional pour leurs vacances, les échanges culturels sont foisonnants et la connexion politique entre les deux pays remonte aux révoltes paysannes slovéno-croates du XVIe siècle.

Pourtant, la dispute territoriale sur la baie de Piran envenime les relations politiques depuis l’indépendance. L’enjeu : un golfe de 19 kilomètres carrés que bordent le littoral slovène et le nord de l’Istrie croate. La délimitation de la frontière maritime divise les gouvernements de Zagreb et de Ljubljana, qui souhaite obtenir l’essentiel de la baie et également un corridor à travers les eaux croates pour accéder à la haute mer.

Après de nombreuses négociations et un blocage de l’adhésion de la Croatie à l’Union européenne (UE), un accord signé le 4 novembre 2009 entre la Première ministre croate Jadranka Kosor et son homologue slovène Borut Pahor pose les principes d’un règlement du différend par arbitrage. C’est la Cour permanente d’arbitrage, basée à La Haye, qui est en charge de trancher.

 

Retour au statu quo

La Slovénie finit par accepter l’accession de la Croatie à l’UE, concrétisée en 2013. La solution semble alors trouvée… jusqu’à ce que la publication d’une conversation téléphonique entre un membre de la Cour d’arbitrage et un diplomate slovène ne jette le discrédit sur la procédure, en 2015. Zagreb annonce en avance qu’elle ne reconnaîtra pas la sentence arbitrale.

Prononcée le 29 juin 2017, cette dernière donne majoritairement gain de cause à la Slovénie : elle lui attribue la majorité de la baie ainsi que le corridor maritime à travers les eaux croates. La Croatie ignore la sentence, la Slovénie appelle au respect du droit international.

Depuis, les tensions se sont ravivées avec des déclarations parfois virulentes d’hommes politiques. Les pêcheurs croates, accompagnés par les garde-côtes, continuent à pénétrer dans les eaux attribuées à la Slovénie. La police slovène réfléchit aux sanctions possibles, entre taxe additionnelle, amendes ou intimidations.

Une association de vétérans croates a promis d’organiser une « régate de la raison » le 3 février pour appeler les deux gouvernements à une résolution rapide, avant de rétropédaler.

 

Un conflit gelé qui préoccupe l’Union européenne

La situation prend des proportions qui inquiètent jusqu’à Bruxelles : « l’élargissement futur de l’UE aux Balkans occidentaux est entre les mains de la Slovénie et de la Croatie », a déclaré le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker en marge d’une rencontre avec Borut Pahor, désormais Président de la République.

Un autre enjeu commun : le réchauffement climatique. Le niveau de la mer dans la baie de Piran a subitement grimpé de dix centimètres depuis 1997 – une tendance qui rend les pays riverains plus vulnérables aux inondations.

 

L’article La baie de Piran continue à alourdir les relations slovéno-croates est proposé par Charles Nonne.

Diplômé de la Sorbonne et de Sciences Po, Charles Nonne travaille en Slovénie comme professionnel des affaires publiques et des médias. Ses domaines de prédilection sont la scène politique slovène et européenne, les Balkans occidentaux et l’avenir de l’Union européenne.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *